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Bac potager surélevé : la méthode lasagne, étape par étape

Avatar de Agnès Vautrin

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7 min de lecture

Un bac tout neuf, vide, et cette question qui revient à chaque stand du salon : « je le remplis avec quoi, en fait ? » Remplir un bac potager surélevé uniquement avec du terreau du commerce coûte cher et donne, avec le temps, un substrat qui se tasse et qui se vide de sa vie. La méthode en couches, qu’on appelle familièrement méthode lasagne et qui s’inspire de la hügelkultur (littéralement « culture sur butte », une technique agricole traditionnelle d’Europe centrale), résout les deux problèmes à la fois : elle recycle des matériaux qu’on a souvent déjà sous la main, et elle nourrit les plantations pendant plusieurs années sans intervention.

Le principe : empiler du carboné et de l’azoté

Un bac lasagne fonctionne comme un compost géant qu’on cultive directement dessus. On alterne des couches riches en carbone (bois, branchages, feuilles mortes) et des couches riches en azote (tontes fraîches, épluchures, compost), en terminant par une couche de terreau qui accueille les racines pendant que le reste se décompose lentement en dessous. Le bois en décomposition au fond du bac agit comme une éponge : il stocke l’eau et la restitue aux racines par capillarité, un vrai atout en Île-de-France où les étés deviennent de plus en plus secs et où arroser un bac surélevé au tuyau, plusieurs fois par semaine, devient vite une corvée.

Étape par étape : remplir son bac

Dans mon jardin de ville, à Nanterre, j’ai monté trois bacs de cette façon depuis que j’ai commencé à jardiner sans pesticide. Voici la méthode que je conseille systématiquement sur les stands du salon.

  1. Étape 1 — Le fond drainant. Si le bac repose sur une dalle ou du gravier, posez d’abord une couche de branchages grossiers ou de bûches fendues pour assurer le drainage et empêcher le tassement.
  2. Étape 2 — Le bois mort. Ajoutez des rondins, des branches et du bois mort sur 15 à 20 cm. C’est le cœur de la méthode hügelkultur : ce bois va se décomposer pendant trois à cinq ans en libérant nutriments et chaleur.
  3. Étape 3 — Les feuilles et branchages fins. Une couche de feuilles mortes, de petit branchage broyé ou de BRF (bois raméal fragmenté) tasse les vides entre les gros morceaux et accélère la colonisation par les champignons décomposeurs.
  4. Étape 4 — Le compost ou les déchets verts. Épluchures, tontes fraîches, compost à demi-mûr : cette couche azotée nourrit les micro-organismes qui digèrent le bois.
  5. Étape 5 — La terre de jardin. Si vous en avez, une couche de terre ordinaire referme le système et apporte la microfaune (vers, cloportes) qui va continuer le travail.
  6. Étape 6 — Le terreau de finition. Terminez par 15 à 20 cm de terreau pour potager, dans lequel les jeunes plants et les semis vont s’installer dès la première saison.

Le tableau des couches

Couche Épaisseur Rôle
Branchages grossiers / bûches 10-15 cm Drainage, aération du fond
Bois mort (rondins, branches) 15-20 cm Réserve d’eau et de nutriments sur plusieurs années
Feuilles mortes / BRF 5-10 cm Comble les vides, nourrit les champignons décomposeurs
Compost à demi-mûr 5-10 cm Apport d’azote, accélère la décomposition du bois
Terre de jardin 10 cm Apporte la vie microbienne et les vers de terre
Terreau pour potager 15-20 cm Substrat d’accueil des racines dès la 1ère saison

Quel bac choisir : bois ou acier corten ?

Le matériau du bac influence la durée de vie du montage. Un bac en pin, autoclavé ou en douglas non traité, est économique et s’intègre bien dans un jardin de ville, mais il finit par se dégrader au contact de l’humidité permanente des couches basses — comptez huit à douze ans selon l’essence. Un bac en acier corten, qui développe naturellement une patine oxydée protectrice, encaisse mieux les décennies et ne pourrit jamais, au prix d’un investissement de départ plus élevé et d’une chaleur emmagasinée l’été qu’il faut compenser par un bon paillage en surface.

L’ADEME rappelle qu’un compostage réussi repose sur l’équilibre entre matières carbonées (bois, feuilles sèches) et matières azotées (déchets de cuisine, tontes) — exactement l’équilibre que recherche un bac lasagne bien construit.

Arroser sans gaspiller : le goutte-à-goutte

Une fois le bac rempli, installer un système d’arrosage goutte-à-goutte posé en surface, sous un paillis, complète parfaitement le montage : l’eau descend lentement, alimente le bois en décomposition et limite l’évaporation en surface. C’est la combinaison que je recommande pour un bac qui doit tenir tout un été sans y penser trois fois par semaine.

Ce qui se passe la première année

La première saison, le tassement est le plus rapide : les couches basses se compriment de 20 à 30 % au fil des semaines. Il ne faut pas s’inquiéter — c’est normal, et il suffit de rajouter un peu de terreau en surface au printemps suivant. En contrepartie, dès la deuxième année, le bac n’a quasiment plus besoin d’engrais : la décomposition du bois nourrit les cultures en continu, un vrai gain de temps pour qui jardine sans pesticide et sans intrant chimique.

Que planter dès la première saison

Contrairement à un tas de compost classique, un bac lasagne peut accueillir des cultures dès qu’il est monté, à condition de respecter la couche de terreau en surface. Les légumes gourmands en azote — courgettes, courges, tomates, choux — profitent le mieux de la décomposition en cours, puisqu’ils tolèrent bien un sol riche et frais. Les racines fines comme les carottes ou les radis, en revanche, se développent moins bien la première année : le bois et les branchages pas encore bien tassés en dessous créent des poches d’air qui gênent leur croissance rectiligne. Je conseille de leur réserver un coin du bac la deuxième saison, une fois le tassement stabilisé.

Les erreurs à éviter

  • Utiliser du bois traité ou peint. Seul du bois brut, mort depuis plusieurs mois, doit entrer dans un bac lasagne : un bois traité relargue des produits indésirables au contact des racines.
  • Zapper la couche azotée. Un bac rempli uniquement de bois et de terreau, sans compost ni tontes, démarre en faim d’azote : les jeunes plants jaunissent la première saison faute de nutriments disponibles.
  • Tasser trop fort en construisant. Le bac doit rester aéré pour que la décomposition se fasse bien ; on superpose les couches sans les compresser, l’arrosage se charge ensuite de les stabiliser naturellement.
  • Oublier l’arrosage de démarrage. Un bac lasagne fraîchement monté a besoin d’être copieusement arrosé dès le montage pour amorcer la décomposition, avant même d’y installer les premiers plants.

Entretien les années suivantes

Passé la première année, le bac demande peu d’entretien : un apport de compost en surface chaque printemps suffit à compenser le tassement et à relancer la fertilité. Sur mes propres bacs, montés en pin il y a maintenant six ans, le bois du fond est encore loin d’être totalement décomposé — c’est justement ce qui fait la force de la méthode : elle continue de nourrir les cultures bien après le montage initial, sans qu’il soit nécessaire de vider et de recommencer chaque année comme avec un simple contenant de terreau.

Pour aller plus loin sur les amendements naturels au fil des saisons, direction la rubrique jardin & nature, et pour tout ce qui touche au compost et au recyclage des déchets verts à la maison, la rubrique écologie & énergie creuse le sujet.


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